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Ne vous fiez surtout pas aux apparences. Elles sont trompeuses. En Hongrie, où elles disputaient le championnat d’Europe de water-polo, les Bleues n’ont pas réussi à accrocher la Grèce et l’Italie, deux formations qu’elles talonnent et espèrent bientôt bousculer. Si les scores ne sont pas encore révélateurs, la capitaine Géraldine Mahieu, figure de proue de la discipline en France, se satisfait des progrès collectifs qui ont permis aux Tricolores de décrocher un ticket pour le tournoi de qualification olympique qui se disputera du 8 au 15 mars à Trieste (Italie). Victorieuse de la Super coupe d’Europe avec son club hongrois de Dunaújvaros, où elle évolue depuis bientôt trois saisons, l’ancienne Lilloise de 26 ans est convaincue qu’ils ne manquent pas grand-chose au groupe national pour tutoyer leur rêve olympique.

Que retiens-tu de ce championnat d’Europe ?

Un peu de frustration, malgré tout. On a montré de belles choses. Les gens qui connaissent le water-polo doivent s’en apercevoir, mais ceux qui ne suivent pas la discipline peuvent se dire en regardant les scores qu’il n’y a pas d’amélioration arithmétique. Ça, forcément, c’est frustrant parce que toutes les joueuses s’investissent à fond, à l’instar de la fédération et du staff, mais ça ne se mesure pas encore en termes de résultats.

Il ne fait pourtant aucun doute que le collectif féminin a progressé.

Nous avons franchi plusieurs caps importants ces dernières années. Filippos Sakellis et Florian Bruzzo y ont contribué ainsi que la qualification des garçons aux Jeux de Rio en 2016 et la création du Centre d’entraînement national à l’INSEP (septembre 2018). Nous disposons dorénavant de vrais outils pour travailler, mais il nous manque encore de l’expérience. Il faudrait davantage se confronter aux meilleures nations pour en emmagasiner.

De l’extérieur, on a tout de même l’impression que le niveau s’est densifié au sein du collectif national.

Je crois que c’est la première fois que l’on tourne autant dans une compétition. Les jeunes ont mis les deux pieds dedans, comme on dit. C’est une richesse pour elles. On voit bien qu’elles progressent, qu’elles prennent de l’expérience et qu’elles sont de plus en plus décomplexées. Sans compter que les « anciennes », comme moi, sommes très exigeantes avec les nouvelles.

Pour quel motif ?

L’équipe de France, c’est un peu notre bébé. Ça fait des années qu’on s’investit dans ce projet et là, pour la première fois peut-être, on sent que nous ne sommes pas très loin d’atteindre notre objectif. Voilà pourquoi on en demande beaucoup aux filles. Mais notre exigence d’aujourd’hui fera leur force de demain.

(KMSP/Stéphane Kempinaire)

Sans compter qu’elles sont censées prendre la relève dans quelques années.

A condition qu’on vienne me prendre ma place (sourire)… Sentir que des filles ont envie d’être en équipe de France, qu’elles veulent jouer et bousculer la hiérarchie, c’est stimulant. A titre personnel, ça me donne envie de bosser plus dur pour être encore plus performante. Et puis, c’est le jeu du haut niveau.

Est-ce l’expérience que tu as connue à Dunaújvaros ?

Quand je suis arrivée là-bas, j’étais l’étrangère, celle que personne ne connaît. Il a fallu que je gagne ma place. Aujourd’hui, je suis la meilleure buteuse de l’équipe sur le deuxième tour de coupe d’Europe. A moi maintenant de transmettre cette expérience aux filles de l’équipe de France, cette passion et cette folie du jeu hongrois que j’appréhende de mieux en mieux.

A ce sujet, et c’est sans doute ce qui est très frustrant pour les joueuses du groupe national, mais au-delà du jeu, on sent qu’en termes de natation et de fluidité des mouvements, les Tricolores sont vraiment performantes…

(Elle coupe) C’est vrai qu’on est mieux, mais il y a toujours ce problème récurrent en attaque et ce petit trou à un moment dans le match où on perd le fil de la rencontre et on encaisse plusieurs buts d’affilée. Contre les Grecques, par exemple, on prend treize pions, ça c’est une réalité, mais surtout, on n’en met que trois. Trois buts sur trente-cinq tentatives, ce n’est pas vraiment pas satisfaisant. Forcément, c’est dur à encaisser, mais on va travailler pour corriger ça.

A quoi tient cette faillite offensive ?

Je crois que ça tient au manque d’expérience dans ce genre de rencontre de haut niveau. Il faut prendre des décisions en un instant. C’est une histoire de feeling que nous n’avons pas encore. Avant de partir en Hongrie, j’étais impressionnée par les prises de décision de Louise Guillet. Je me demandais comment elle faisait pour voir le jeu à cette vitesse. Mais après trois ans en Hongrie, je vois sur les vidéos à quel point j’ai progressé. C’est dingue de mesurer l’impact de rencontres à enjeu sur mon niveau.

(KMSP/Stéphane Kempinaire)

Le gros mois qu’il vous reste jusqu’au tournoi de qualification olympique de Trieste (8-15 mars) sera-t-il suffisant pour combler ce manque d’expérience et corriger ces errances offensives ?

Oui, parce que ça ne tient pas à grand-chose ! Tout est là, à portée de main, et on y arrive parfois sur certaines séquences, mais jamais sur l’intégralité d’un match. Malgré tout, j’y crois. Je suis convaincue qu’on va finir par y arriver.

Sachant toutefois que le TQO, c’est une semaine de compétition et un match couperet par jour. En termes de pression et d’engagement, il n’y a rien de plus difficile.

Pour l’avoir vécu en 2016, c’est incontestablement un rendez-vous de très haut niveau. En même temps, comme on l’a vu avec les garçons il y a quatre ans, c’est une compétition où tout est possible. Je l’ai vécu l’année dernière, quand on a gagné la Super Coupe d’Europe avec Dunaújvaros. Cette finale contre le vainqueur de la Ligue des champions, nous n’aurions jamais dû la gagner. Mais on l’a fait. Maintenant, j’y crois.

Il faudra malgré tout rendre une copie parfaite et espérer qu’en face vos adversaires soient dans un mauvais jour.

C’est ça, mais ça se provoque. Face au Grecques (jeudi 23 janvier), on a bien vu qu’en les serrant de près en première période, elles ont raté un nombre incalculable de tirs. Le jour où on réalisera un match référence, le reste suivra naturellement. Notre mécanique est pour le moment un peu grippée, mais dès que tout va se mettre en place, on sera vraiment compétitive.

Pour l’heure, en tout cas, vous évoluez encore dans une espèce de ventre mou continental.

Oui et c’est une place difficile car on se fait encore peur face à de petites équipes qu’on devrait dominer et on commence à inquiéter de plus grosses formations mais pas encore assez pour l’emporter. On sent bien qu’il y a du respect et qu’on nous prend au sérieux, mais voilà, il y a un dernier cap à franchir.

(KMSP/Stéphane Kempinaire)

La présence d’une préparatrice mentale (Sophie Huguet) peut-elle vous aider à franchir ce cap ?

Sophie est d’une grande aide. Elle nous apporte une réflexion sur notre pratique. Elle nous aide à trouver notre chemin aussi bien sur le plan individuel que collectif. C’est un peu une petite lumière dans l’obscurité, une direction à suivre (sourire)… Je m’aperçois aussi que mon expérience en Hongrie m’aide énormément à gérer la pression. J’en parle d’ailleurs régulièrement aux jeunes joueuses.

Que leur dis-tu ?

Que si, un jour, l’occasion se présente d’aller jouer à l’étranger, elles ne doivent pas hésiter parce qu’au-delà du sportif, c’est aussi une expérience humaine d’une richesse incroyable. Il faut qu’elles comprennent que rien n’est impossible, à condition de le vouloir et de s’en donner les moyens.

Revenir en France, tu y penses parfois.

La question s’est posée cette année. Il a été question, un moment, que je vienne à l’INSEP, mais en fait, je me suis rapidement rendu compte que j’avais besoin d’une forte densité de match. Cette confrontation, je la trouve en Hongrie. La technique et la natation, c’est important, mais ce volume de jeu, je l’ai, et ce qui compte, pour moi, c’est vraiment le feeling, comme je l’ai dit précédemment. Et puis vivre à l’étranger, ça me plaît. Je sens que je suis une autre personne.

Penses-tu aux Jeux de Paris tous les jours ?

Peut-être pas tous les jours, mais souvent (sourire)… Les Jeux olympiques, c’est un rêve, alors les disputer devant ses proches, c’est juste super motivant. Ce qui me plaît aussi, c’est la dimension universelle des Jeux. Tout le monde connaît, même les gens qui ne s’intéressent pas au sport. Pour moi, c’est la référence ultime !

Te connaissant, il s’agira d’y aller pour bouger l’adversaire…

(Elle coupe)… Il est clair que je n’irais pas aux Jeux de Paris pour faire du tourisme ou me prendre en photo devant la piscine. L’idée, c’est vraiment d’être ambitieuse à Paris. Se qualifier pour les Jeux de Tokyo, ce serait un bon moyen d’engranger de l’expérience, mais même si nous n’y parvenons pas, il nous restera quatre ans pour travailler à fond et espérer réaliser une énorme performance en 2024.

Recueilli à Budapest par Adrien Cadot

 

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