Vendredi 19 Mai 2017 - 13:15

A quelques jours des championnats de France de Strasbourg (23-28 mai), qualificatifs pour les Mondiaux de Budapest (14-30 juillet), nous avons rencontré Laurent Guivarc’h, 36 ans, Directeur technique national par intérim depuis le mois d’avril. Entretien.

Comment définiriez-vous la fonction de directeur technique national ?

Le DTN est le représentant de l’Etat dans une fédération délégataire. Un directeur technique national a pour vocation d’articuler les priorités ministérielles avec celles du projet fédéral. Mais c’est un poste qui demande des connaissances bien plus vastes. Il me semble, par ailleurs, que la fonction évolue...

Dans quel sens ?

J’ai le sentiment que la dimension économique est de plus en plus prépondérante. C’est d’ailleurs pour cette raison que je suis allé chercher une certification en finance d’entreprise chez HEC. J’ai éprouvé le besoin de me doter de cette arme pour être capable de discuter avec des investisseurs, de percevoir leur manière d’appréhender le monde ou leurs méthodes de travail.

Vous serez donc un DTN avec un vaste champ d’intervention.

Oui, mais comprenez bien que c’est aussi la manière dont le président Gilles Sezionale a souhaité faire évoluer le poste. Depuis le départ de Claude Fauquet (en 2008) les différents DTN se sont principalement concentrés sur les aspects techniques, presque historiques de la mission. Il me semble que le développement, la formation, la communication ou le marketing ont été délaissés. La fonction première du DTN, telle qu’elle a été imaginée originellement par Maurice Herzog, consiste à impulser des dynamiques de développement.

Jérémy Stravius, Mehdy Metella et Clément Mignon lors des championnats du monde en petit bassin de Windsor (photo : KMSP/Stéphane Kempinaire).

Dans cette perspective, quels sont les principaux chantiers auxquels devra s’atteler la fédération dans les prochaines années ?

Aujourd’hui, la FFN doit se positionner sur la gestion d’équipements aquatiques et développer une véritable politique ambitieuse des licences. Dans ces domaines, tout est à construire…

Est-ce que cela sous-entend que la FFN a pris du retard ?

Claude (Fauquet) avait commencé à prendre la mesure de cette évolution, en nommant des cadres d’Etat dans le domaine des équipements. Il avait déjà en tête que nous étions à un moment charnière. Aujourd’hui, pas une semaine ne se passe sans qu’un club se retrouve privé de son outil de travail. Le plus grave, c’est que les municipalités ont fait appel à des délégations de service public pour gérer les établissements aquatiques. Donc oui, il me semble que nous avons bel et bien pris du retard.

(Photo : Fotolia.com)

En parlant de Claude Fauquet, que répondez-vous à ceux qui vous perçoivent comme un de ses « disciples » ?

Si être un « disciple » de Claude Fauquet c’est être vigilant à ce qui se fait dans le monde, adaptable, cohérent entre son discours et ses actes, alors oui, j’en suis un ! Au-delà de l’amitié qui nous lit, c’est un DTN qui a laissé son empreinte dans l’histoire de la fédération. Bien sûr, il a commis des erreurs, et il est le premier à le reconnaître, mais il a toujours été dans une ouverture complète.

Et qu’opposeriez-vous à ceux qui vous considèrent trop jeune pour occuper un tel poste ?

Que doivent-ils penser de notre nouveau président de la République ? (Emmanuel Macron, 39 ans à sa prise mandat). C’est très français de croire que la sagesse ne s’acquiert qu’avec l’âge. Ça ne pose aucun problème chez les Anglo-saxons, par exemple. J’ai l’avantage de l’énergie, l’envie d’écouter les « anciens », qui sont des sources d’inspiration. Et puis, ne l’oublions pas, j’ai déjà eu la chance de travailler dix ans au siège de la fédération. Cela m’a permis de me frotter à un certain nombre de dossiers.

Qu’est-ce qui vous a poussé à accepter cette mission ?

J’avais candidaté à la succession de Lionel Horter en 2015 parce que j’avais à cœur de défendre un nouveau projet de développement pour la fédération. Après la désignation de Jacques Favre, j’ai mis ça de côté, mais sans jamais cacher à quiconque que l’aventure m’intéressait toujours, mais dans un cadre différent…

L’élection de Gilles Sezionale a-t-elle établi un cadre différent ?

Disons que la bascule qui s’est opérée en avril dernier me convient pleinement. J’ai pris le temps d’échanger avec le président et je sais que la marge de manœuvre dont je disposerais va me permettre de m’exprimer.

Gilles Sezionale, président de la FFN (photo : FFN/Philippe Pongenty).

Evoquons, à présent, le volet sportif de votre mission. Quels seront les objectifs des championnats de France de Strasbourg (23-28 mai) ?

Une génération s’en est allée et, selon moi, c’est un avantage parce que cela va permettre aux jeunes nageurs de prendre leurs responsabilités et de se révéler. Or, notre natation ne manque pas de talents ! Il y a, tant chez les garçons que chez les filles, des profils très intéressants.

Pourquoi alors la relève tricolore tarde-t-elle à émerger ?

Ces dernières années, le haut niveau s’est organisé autour de six ou sept structures. On a fait croire aux athlètes que l’on ne pouvait pas faire de haut niveau en dehors de ces structures. Or, et il faut le souligner, c’est exactement ce que Claude (Fauquet) avait tenté de remettre en question. Un nageur peut tout à fait s’épanouir dans son club historique. Aujourd’hui, il est primordial de redonner ce choix à nos jeunes.

Cyrielle Duhamel (photo : KMSP/Stéphane Kempinaire).

Il n’y a donc aucune raison de s’inquiéter quant à l’avenir de notre natation ?

Je pense, en effet, que nous disposons d’une génération de juniors très prometteuse. Alors, bien sûr, nous ne disposerons jamais du vivier des Américains ou des Australiens, mais nous avons d’autres armes, d’autres atouts à défendre.

Lesquels ?

Si demain la FFN gère ses propres centres d’entraînement, la situation sera totalement différente. Si demain la fédération peut proposer à ses nageurs des conditions optimales pour travailler sans négliger leur formation et leur reconversion alors nos rangs vont s’élargir. J’ai bien conscience que nous n’en sommes pas encore à ce stade, mais en travaillant, je suis persuadé que nous pouvons rapidement mettre en place ce schéma de développement.

Nous parlons de natation course, mais il faudra également que votre action se concentre sur le plongeon, le water-polo, l’eau libre et la natation synchronisée.

Evidemment, et c’est bien ainsi que j’aborde ma mission. Dans cette perspective, Nicolas Scherer va harmoniser le fonctionnement entre les cinq disciplines. Il sera en prise directe avec les responsables des disciplines. L’ambition, c’est de pouvoir soutenir le développement de toutes les disciplines fédérales sans en favoriser une au détriment des autres.

Epreuve du 10 km aux Jeux Olympiques de Rio (photo : KMSP/Stéphane Kempinaire).

Quels seront les ambitions de l’équipe de France aux championnats du monde de Budapest (Hongrie, 14-30 juillet) ?

Deux à trois médailles en natation, Deux à trois médailles en eau libre, une à deux médailles en plongeon. Mais il est toujours difficile de valider des ambitions quand nous n’avons pas déterminé le parcours de performance!

Pourquoi ?

Tout simplement parce que je n’ai pas construit et validé les critères de qualification des championnats de France de Strasbourg. Je vais assumer la sélection et les résultats, mais l’idée, c’est de se servir des prochaines échéances nationales et internationales pour réaliser un état des lieux et reconstruire l’équipe de France. Malgré tout, je suis assez optimiste. A mon sens, nous allons avoir des surprises à Strasbourg, notamment chez les filles. Du coté des garçons, de nouvelles têtes surgiront, mais plutôt dans les relais.

Est-ce qu’il y aura des repêchages ?

Non et je l’ai déjà annoncé aux entraîneurs ! Même si les critères de sélection ne me conviennent pas, je ne conçois pas d’accorder des passe-droits.

En haut : Richard Martinez, Maxime Leutenegger, Fabrice Pellerin et Franck Esposito. En bas : Stéphane Lecat, Michel Chrétien, Guy La Rocca et Nicolas Scherer (photo : KMSP/Stéphane Kempinaire).

Certaines nations fonctionnent différemment.

Les Anglais ont accordé des « invitations » à certains de leurs athlètes, mais leurs temps de qualification pour les Mondiaux hongrois étaient stratosphériques.

Puisque vous évoquez vos rivaux européens, avez-vous le sentiment que les Britannique et les Italiens, notamment, ont pris un peu d’avance ?

Ils ont connu des années de moins bien et, maintenant, c’est à notre tour. C’est un cycle. Il faut l’accepter. Un virage générationnel est en train de s’opérer. Il faut qu’on laisse aux athlètes le temps de se construire. A Budapest, l’objectif sera surtout de transmettre un message d’apaisement aux athlètes. Nous serons là pour les accompagner, mais ils doivent tous se mettre au diapason.

Vous employez le mot « apaisement ». Ressentez-vous des turbulences au sein de l’équipe ?

Je pense que les athlètes ont été blessés par l’année préolympique, l’approche des Jeux et la semaine à Rio. C’est encore douloureux et ça se sent. Nous devons leur faire comprendre que le projet est, à présent, tourné vers eux. Ce sont eux qui doivent être performants, sans oublier ceux qui n’ont pas encore le niveau requis pour rejoindre les rangs de l’équipe de France. Dans cette optique, l’équipe de France A’ a été remise en place. C’est une excellente chose pour des profils à maturation plus tardive. Ceux qui intégreront l’équipe A l’auront mérité et seront compétitifs.

L’objectif, c’est Tokyo ?

Oui et Paris 2024 (sourire)

Stade de France, lundi 15 mai. Tony Estanguet prend un selfie avec des enfants de maternelle de Saint-Denis et les membres du CIO (Photo : KMSP/Jean-Marie Hervio).

Quelle place occupe ce projet dans votre esprit ?

L’idée est que l’on soit une véritable force de frappe à Paris. Nous devons retrouver notre place de locomotive du sport olympique français et européen. Et il y a également l’enjeu du grand centre aquatique d’Aubervilliers pour lequel le président de la FFN s’est déjà positionné auprès des acteurs de Paris 2024.

Tokyo ne serait donc qu’une étape ?

Nous devrons être attentifs à l’occasion des championnats d’Europe qui précéderont de quelques semaines les Jeux Olympiques de 2020, parce qu’ils permettront peut-être de faire émerger la relève qui devra être performante à Paris.

Recueilli par Adrien Cadot

 

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