Lundi 9 Octobre 2017 - 15:00

Nageur émérite, photographe et voyageur, Éric Huynh a profité d’un de ses nombreux périples à travers le monde pour nous présenter la natation indonésienne.

La nuit étend ses bras sur Denpasar, la capitale de Bali, quand mon chauffeur – qui fait aussi office d'interprète - et moi-même arrivons enfin au centre sportif où nous avons rendez-vous. Sur ce grand complexe de plusieurs hectares sont réunies des installations sportives de nombreuses disciplines, une sorte d’INSEP balinais en quelque sorte. L’entraînement du groupe Elite du club de natation de la capitale s’achève dans moins d’une demi-heure. Autour de nous, la nuit étend son ombre. Un petit homme à casquette nous attend devant l’entrée de la piscine, mains croisées dans le dos. Il salue notre arrivée du traditionnel sourire balinais, mains jointes, et nous accompagne au bord du bassin. Monsieur Lestari est le directeur technique du club de Denpasar. Il ne parle pas un mot d’anglais et mon indonésien est pour le moins balbutiant : mon interprète va avoir du travail...

(D. R.)

Le bassin extérieur de 50 mètres est en très bon état. Ce qui frappe, dès le premier coup d’œil, c’est qu’il n’y a pas de lignes tendues dans le bassin. Je me demande comment on peut nager le dos sur 50 m en bassin extérieur dans la pénombre et sans lignes. La réponse arrive vite : en se cognant souvent les uns aux autres. « Nous n’avons pas de lignes d’eau, à Denpasar », indique Monsieur Lestari. « Le seul bassin de Bali qui en est équipé est à Palembang, qui a accueilli les Universiades, en 2011 ». Les Universiades, ici, tout le monde ne parle que de ça ! Et pour cause, trois nageurs de Denpasar y représenteront l’Indonésie. Ils partent dès le lendemain pour le stage de préparation finale : c’était ma dernière chance de les rencontrer, je mesure ma chance.

Le bassin est divisé en deux groupes, chacun occupant trois lignes d’eau. D’un côté les sprinters, ceux qui nagent des courses allant jusqu’au 400 m nage libre, et de l’autre, les demi-fondeurs. Côté sprinter, dans les lignes, l’ambiance est détendue, les rires fusent. On est à la fin de la séance. Et l’approche des universiades fait que l’entraînement de l’ensemble du groupe doit s’adapter à l’affûtage des trois jeunes champions. Si la technique individuelle des nageurs est plutôt bonne, les efforts sont rendus compliqués par l’absence de lignes. A présent, avec la nuit tout à fait tombée, il arrive que même les nageurs de crawl se heurtent de front. Un sourire et chacun reprend son chemin. Mais il doit y avoir des bosses… Je suis également surpris de voir que, comme en Australie, les nageurs tournent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.

(Éric Huynh).

Mr Lestari encadre une équipe de six coaches adjoints. C’est plutôt confortable pour un groupe d’une trentaine de nageurs. En fait, ces six coaches sont aussi en charge des 270 autres adhérents du club qui n’ont pas le statut « Elite ». Un statut qui confère une bourse d’état de 45 000 roupies indonésiens par jour (environ 3€). Le directeur technique est à peine mieux servi : il est payé 55 000 roupies par jour par l’Etat. Aussi, il n’est pas coach à temps plein. Au civil, il est professeur de mathématiques à l’Université. Et en vérité, seule la passion le pousse à animer les deux entraînements quotidiens de ses jeunes poulains.

(Éric Huynh).

Le groupe Elite s’entraîne dix fois par semaine dans l’eau, six fois en grand bassin, quatre fois en petit (les « non élite », eux, n’ont droit qu’à trois créneaux hebdomadaires). En plus de leurs dix séances nagées, les Elite s’astreignent à deux séances de fitness. Il fait nuit noire quand, vers 19 heures, l’entraînement prend fin. Le groupe des « sprinters » sort naturellement de l’eau avant les spécialistes du fond. Ces derniers sont presque aussi nombreux que les sprinters. Les nageurs font une courte séance d’étirements : la remise en question de la pratique des étirements en fin d’effort ne semble pas être arrivée jusqu’en Indonésie. Mais on peut rapidement se lancer dans la photo de groupe. Cela suscite beaucoup d’excitation autour du bassin. Les nageurs sont jeunes (le plus âgé a 21 ans) et ne sont pas habitués à une animation comme celle-là. La photo de groupe est donc un peu longue à organiser, elle se déroule dans un vacarme de bonne humeur que l’équipe de coaches a toutes les peines à contrôler.

(Éric Huynh).

Le directeur technique m’explique que son ambition n’est tant pas d’emmener des nageurs au sommet de l’Olympe que de permettre à tous ceux qui le souhaitent d’apprendre à nager et surtout d’apprendre à nager mieux. Pourtant, quand je demande aux trois nageurs qui iront à Singapour disputer les Universiades ce qui les motive, tous trois me parlent d’anneaux olympiques. Mais quand je leur demande qui a représenté leur pays à Rio, aucun ne sait répondre (en fait, l’Indonésie n’a pas envoyé de nageurs à Rio. Elle en avait envoyé un à Londres, I Gede Sudartawa, trente-neuvième sur 100 m dos en 55’’99, et deux aux JO de Pékin. Tous étaient « critères Coubertin »). Je prends à part les trois nageurs sélectionnés pour comprendre un peu mieux leurs aspirations et leurs rêves. Ils paraissent frigorifiés. Je leur demande alors quelle est, selon eux, la température extérieure. Ils l’estiment à 27 ou 28°C. Parmi eux, il y a Dewa Gede Anom Artha Bronja. Il est le plus jeune des trois, 16 ans. Il va disputer le 400 m nage libre. Il espère faire moins de 4’10. Il a toujours aimé nager, depuis sa plus tendre enfance et il aime particulièrement l’eau libre. Il porte un nom « illustre », Gede : le nom du dernier nageur indonésien présent aux Jeux, c’était à Londres. Et c’était son grand frère. Il est le moins bavard des trois, son anglais se révélant plutôt limité. Il y a ensuite Agus Nuarta, le spécialiste du 200 m papillon. Il est le seul des trois à avoir déjà disputé les Universiades, il y a deux ans. Précoce, il avait alors 15 ans et avait signé 2’08. Il avait aussi disputé le relais 4x100 m nage libre. Il espère évidemment faire beaucoup mieux cette année sur 200 m papillon, mais il ne sait pas encore s’il disputera à nouveau le 4x100 m nage libre car la composition finale du relais n’a pas encore été arrêtée. Il y a enfin Dewi Novita Lestari, que tout le monde appelle affectueusement Vita. C’est la fille du directeur technique et c’est aussi la plus bavarde des trois, celle dont l’anglais est le plus fluide. Elle a 17 ans et se destine à des études de design. Elle a un record à 31 secondes sur 50 m dos, mais espère se rapprocher rapidement des 29 secondes niveau du record d’Indonésie. Quand je lui demande pourquoi elle nage, elle part dans un grand éclat de rire et me confie très naturellement : « Parce que mon père est le coach ! ».

(Éric Huynh).

Après avoir libéré les jeunes champions, je demande à Monsieur Lestari pourquoi il n’a pas de nageurs plus âgés. Il m’explique qu’il est difficile, sans vrai statut de nageur professionnel, de motiver les jeunes à poursuivre leur carrière après le diplôme clôturant leurs études. Lui-même est un ancien nageur, il a fait sixième aux championnats nationaux sur 400 m nage libre, mais à l’époque, il ne bénéficiait pas de bourse. Il est logiquement fier de souligner que Denpasar est le meilleur club de Bali, qui en compte sept (un par région de l’île). En effet, Bali aura six représentants aux prochains championnats d’Asie junior. A ce titre, il sera le seul coach de Bali à faire le déplacement à Singapour.

Par ailleurs, Bali est le plus grand réservoir de nageurs d’Indonésie. En effet, l’île fournit six des vingt-sept nageurs de la délégation indonésienne, alors que l’île, avec ses 4 millions d’habitants, est un nain à l’échelle d’un pays peuplé de plus de 250 millions d’habitants. 1,5% de la population fournit ainsi 22% de la délégation. L’explication de cette excellence balinaise tient en un mot : tourisme ! Avec son économie dopée au dollar et à l’euro, la région est une des plus riches du pays. D’ailleurs, hormis l’absence étonnante de lignes, le bassin est de belle facture. Et même si le directeur technique m’explique qu’en Indonésie, la natation est un sport pratiqué par les pauvres (les riches lui préfèrent le golf), la densité importante de piscines sur le territoire explique en partie la bonne tenue de la natation balinaise.

A Denpasar, Éric Huynh

 

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